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Les livres, Tom Phillips – Le son dans ma vie, Compositeur parmi les peintres et La Bretagne et les arts plastiques contemporains sont en librairie.
L’Octuor est disponible dans les bacs des disquaires.
Réflexions sur l’improvisation et l’implication sociale de l’éducation musicale. Études critiques en improvisation.

Présentation

En tant que compositeur, je me considère comme un voyageur, rêvant d’entrecroisements de mondes, sonores ou autres, jugés inconciliables; surtout pas sous forme de synthèse, mais en laissant aux chocs ainsi provoqués la chance de dynamiter les catégories et conventions admises. Je ne voudrais pas me situer à tout prix par la négative, mais je crois ressentir une particulière aversion pour l’uniforme, la doctrine, la soumission inconditionnelle à un ordre pré-existant; c’est sans aucun doute pourquoi je me prononcerais si volontiers en faveur du nomadisme, qui implique mouvement, risque et ouverture. Je souhaite en effet rester à l’affût de toute surprise, de tout indice susceptible de me conduire dans un autre lieu que celui que j’aurais pu ou dû prévoir. En ce sens, je dois avoir le tempérament d’un amateur, de quelqu’un qui, selon la formule consacrée, « n’a pas de suite dans les idées », si l’on entend par là, la quête résolue d’une cohérence régulatrice, d’une unification forcée. Il est vrai que j’aime la discontinuité, une forme de complexité qui reste ouverte, que l’on puisse vivre sans chercher à la contrôler, où l’on se perde, un type de situation capable de croître d’elle-même, en équilibre instable, qui résiste à toute tentative de justification par des méthodes déductives, un réseau de relations prétendument logiques de causes et d’effets. Dans cette acception, la musique interfère sans cesse avec ma vie quotidienne (et inversement), selon toutes sortes de degrés d’intensité, de prégnance. Et je m’efforce seulement d’éprouver d’aussi près que possible les tensions qui en résultent, non de les résorber.
Le travail sur le matériau sonore me paraît devoir être porté par un processus de pensée qui lui accorde un sens spécifique, une nécessité. Composer, ce n’est pas forcément, à mon sens, chercher à affirmer un pouvoir, refermer une forme, protéger son identité de créateur, résoudre quelque problème que ce soit, à grand renfort de systèmes d’écriture ou de moyens technologiques. Je concevrais plutôt l’acte de composition dans un sens interrogatif et expansif, mais sans que celui qui en est à l’origine prétende en cerner toutes les implications. Chaque étape d’une telle démarche n’est jamais que transitoire, appelle tours et détours; tout sentiment de progression linéaire, pour soi-même comme pour autrui, n’est en définitive qu’une illusion simplificatrice. Il nous faut accepter de vagabonder tout au long du chemin le plus tortueux et le plus difficilement prévisible qui soit, sans carte pour nous guider.
Toute expérience de composition m’apparaît comme un processus d’échange qui me propulse hors de ce que je connais pour m’attirer vers d’autres individus, d’autres sons, d’autres épreuves. Processus implique dynamisme; ce mouvement, dont les conditions de manifestation sont particulières à chaque projet, je n’ai nullement l’ambition ni le désir d’en évaluer a priori les chances de « profit » personnel ou les dangers; il m’ébranle et me pousse en avant et c’est là tout ce que je souhaite.